tico-tico, par Maestro Baremboim et le Philarmoniker aujourd’hui

Le prestigieux Orchestre de la Philarmonie de Berlin, (le Berliner Philharmoniker) a annoncé le 1er Mai qu’à l’occasion de son 125e anniversaire, elle voulait faire la lumière sur son attitude durant la période nazi.« La lumière sur l’histoire de l’Orchestre philharmonique pendant le nazisme n’est pas vraiment faite », a souligné à l’AFP la directrice exécutive, l’Américaine Pamela Rosenberg. Un livre sur la vie de l’Orchestre et de son chef pendant la période 1933-1945 sera publié, et il est prévu aussi une exposition et un film transmis sur une chaîne publique.

Un de ses chefs mythiques, Willem Furtwängler, dirigea l’orchestre entre 1922 et 1945, puis de 1952 jusqu’à sa mort en 1954. « Resté en Allemagne après 1933, alors que beaucoup d’opposants choisirent l’exil, Furtwängler se laissa utiliser comme outil de propagande par le régime hitlérien, tout en aidant des musiciens juifs. Après la guerre, son attitude trop ambiguë lui valut d’être inquiété par les autorités d’occupation. Il se défendit en invoquant une foi inébranlable en la grandeur de l’art allemand, la supériorité de l’esprit et sa conviction de sauver, par une résistance intérieure, l’âme de la nation et sa dignité. Bien que blanchi par la justice américaine après une procédure éprouvante, Wilhelm Furtwängler vit sa réputation durablement ternie. » (source ici)

furtmenuhin1947b.jpgAprès-guerre 1947, Furtwängler et Menuhin en concert.

Au début des années 50, en signe de réconciliation, le violoniste prodige Yehudi Menuhin collabora avec Furtwängler et son orchestre, notamment avec un exceptionnel enregistrement du Concerto pour violon de Beethoven.
(bientôt un extrait ici)

« Non l’Allemagne de Furtwängler n’était pas la fausse Allemagne d’Hitler, mais celle de Bach et de Beethoven, celle de Goethe et de Schiller, de Heine et d’Hölderlin, celle que j’avais connue et voulais retrouver. Ni héros, ni martyr, Furtwängler, en restant sur place, n’avait pas commis d’autre crime que celui d’espérer sauver ce qui pouvait l’être, de surestimer les pouvoirs de la musique. Les médecins avaient continué à soigner les malades, il avait continué à faire de la musique qu’en homme et artiste intègre il croyait mieux servir en demeurant en Allemagne. Naïf peut-être, mais propre. Combien il dut se sentir humilié par ce régime qui avait rabaissé l’art à n’être plus qu’un instrument de sa politique criminelle !  » Yehudi Menuhin.

en complément :

– un un historique du Berliner Philarmoniker et de ses chefs prestigieux depuis sa naissance en 1882.

Taking Sides (« A tord ou à raison »-2002), un film du réalisateur hongrois Istvan Szabo : Berlin 1946, un américain est chargé d’enquêter sur les rapports entretenus par Furtwängler avec les dirigeants du parti nazi pendant et avant la deuxième guerre mondiale.

-un dossier issu de l’exposition « Le IIIe Reich et la musique » présentée en 2005 à la Cité de la Musique de Paris.

-un film de propagande nazi avec un extrait des Maîtres Chanteurs de Wagner par le Berliner Philarmoniker et Willem Furtwängler en 1942. Les visages des hommes et femmes auditeurs sont marqués et graves, recueillis dans la musique.